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Articles de la catégorie ‘le choix des libraires’

quelques coups de coeur de l’automne sur France Culture

Julie Cénac, tout juste arrivée à la librairie, vous a  présenté quelques uns de nos coups de coeur de l’automne dans l’émission quotidienne d’Augustin Trapenard « Le Carnet du Libraire » sur France Culture.

Un roman crépusculaire, un album jeunesse cocasse, une curiosité, un beau livre, et un recueil de nouvelles ont été amoureusement sélectionnés et défendus sur les ondes !

Ceux qui ont raté la diffusion radio peuvent se rattraper en écoutant le podcast : il suffit de cliquer ici

Rentrée littéraire : lus et aimés.

L’été est une saison douce, où le libraire a enfin le temps de savourer pleinement son plaisir préféré : lire, tranquillement, avant la grande tempête hystéro-médiatique de la rentrée littéraire. Ces vacances furent riches de très belles lectures soigneusement choisies parmi une avalanche de titres. Voici notre sélection tout à fait indépendante et totalement sincère, comme toujours…

CISEAUX de Stéphane Michaka, éditions Fayard.

« Raymond, tu as trop de coeur ». C’est ce que pense Douglas, éditeur influent, cynique et obsessionnel, à la lecture des manuscrits que lui envoie le dit Raymond, auteur de nouvelles en mal de reconnaissance, empêtré dans ses problèmes de couple, de surendettement, de sérieux penchant pour la bouteille. Alors Douglas élague, coupe, retaille pour donner à ces nouvelles la forme qui convient à sa vision du monde et de la littérature, que ça plaise à Raymond ou non. Il est connu pour ces pratiques, voilà pourquoi dans le milieu on le surnomme « ciseaux ».

L’histoire de Raymond, de Douglas, de Marianne et de Joanne, les deux femmes successives de l’écrivain, n’est autre que celle de Raymond Carver, écrivain américain légendaire, dont s’est emparé Stéphane Michaka pour en faire un roman d’une incroyable justesse de ton.

Il offre une voix à chacun de ses personnages qui se succèdent pour raconter les luttes incessantes d’un écrivain contre son entourage, contre son éditeur, et avant tout contre lui-même pour parvenir à devenir l’homme qu’il voulait être… sans oublier de montrer au passage les dégâts provoqués, et de soulever quelques questions fascinantes sur la condition d’écrivain.

Nul besoin d’avoir lu tout Carver pour apprécier  : l’histoire est  magistralement racontée,  et suffisamment romanesque pour passionner tout non-initié.

Stéphane Michaka réussit avec « Ciseaux » une belle ode à la littérature et offre un hommage vibrant à un écrivain issu de l’Amérique des déglingués, des laissés-pour-compte, qui a fini par prendre sa revanche. Une histoire exemplaire où c’est le soit-disant fêlé qui devient roi.

Lisez-le, vous serez conquis… et vous vous jetterez sur l’intégrale des nouvelles de Carver dans la foulée !

A noter : Stéphane Michaka viendra à la librairie pour une rencontre autour de son roman le vendredi 5 Octobre à 20h30.

MILLEFEUILLE de Leslie Kaplan, éditions P.O.L

 Jean-Pierre Millefeuille est veuf, vit seul, prépare un article sur les rois de Shakespeare, traîne au Monoprix pour faire les courses, aime faire la connaissance d’inconnus au café du coin. C’est un professeur de littérature retraité, à la fois solitaire et très entouré. Un monsieur tout à fait charmant, en somme.

Mais cette routine apparemment confortable se met pourtant à dérailler doucement, à l’occasion d’événements imperceptiblement menaçants. Alors la personnalité de Jean-Pierre Millefeuille, aux prises avec de profonds conflits intérieurs, se révèle beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît.

Ce roman, comme son personnage, regorge de charme et d’humour grâce au regard souvent amusé que l’auteur porte sur cette histoire. Mais l’air de rien, il est également riche de réflexions sur l’identité, le fossé entre les générations, le crépuscule de la vie…

L’écriture et le ton inimitables de Leslie Kaplan font de « Millefeuille » un roman au charme tout à fait particulier, à la fois mélancolique, inquiétant, et plein de malice.

Singulier, subtilement étrange… gros coup de coeur !

A noter  : Leslie Kaplan viendra nous parler de « Millefeuille » et nous en lira quelques passages le mercredi 17 Octobre à 18h30.

 

LA CAPITANA d’Elsa Osorio, éditions Métailié.

Elsa Osorio avait déjà marqué nombre de lecteurs avec Luz ou le temps Sauvage , un roman fort sur la dictature Argentine.

C’est à nouveau à un personnage en lutte qu’elle s’intéresse ici. La Capitana n’est autre que Mika Etchebehere, et l’on a peine à croire que cette femme a réellement existé tant son parcours est romanesque et son tempérament héroïque.

Mika était une intellectuelle, une révolutionnaire, une activiste d’origine juive, venue d’Argentine.

Elle consacra sa vie entière à la lutte pour la justice sociale, de l’Argentine à la France en passant par l’Allemagne en pleine montée du Nazisme, jusqu’en Espagne, où elle prit les armes pour s’impliquer dans le combat anti-fasciste avec un courage et une intelligence hors du commun, jusqu’à devenir capitaine d’une colonne de combattants républicains pendant la guerre de 36.

C’est bien un roman et non une simple biographie qu’Elsa Osorio a écrit pour faire connaître et revivre cette femme exceptionnelle, injustement oubliée.

Ecrit dans un ordre non chronologique, s’appuyant sur les voix de plusieurs témoins, et laissant libre cours à sa propre voix de narratrice, qui s’adresse directement à son personnage pour le questionner sur les zones d’ombre de son histoire, nous découvrons Mika par fragments, au fil des moments décisifs qu’elle a pu vivre.

Grâce à cette savante composition, et en assumant sa subjectivité de romancière, Elsa Osorio insuffle à cette histoire toute la vie et toute la passion que son héroïne méritait.

Elle fait de son roman un portrait de femme certes remarquable, mais pourtant de chair et d’os, intransigeante et généreuse, amoureuse passionnée : tout sauf une statue figée. Bien vivante.

Et le lecteur traverse avec Mika l’histoire du vingtième siècle et se disant que l’héroïsme est une affaire humaine, finalement…

A noter : Elsa Osorio viendra nous parler de sa « Capitana » le vendredi 9 Novembre à 18h30.

 

LE SERMON SUR LA CHUTE DE ROME de Jérôme Ferrari, Actes Sud.

La presse est pleine de louanges, le roman se retrouve sur les listes des prix littéraires, dont celle du Goncourt, et pour une fois, on est d’accord.

Jérôme Ferrari frappe fort avec ce roman sombre et beau.

Il nous conte ici l’histoire d’une famille corse sur plusieurs générations, du grand-père Marcel qui a connu la chute de l’empire colonial français jusqu’à son petit-fils Mathieu et son ami d’enfance Libero qui abandonnent leurs études de philo pour reprendre la gérance d’un petit bar dans l’île, espérant inventer « le meilleur des mondes possibles », selon le précepte de Leibniz.

« Le monde est comme un homme : il naît, il grandit, il meurt »… mais l’homme est vaniteux, et oublieux de la fragilité des mondes qu’il construit. C’est une constante dont les héros de ce roman ne se déferont pas : leur chute n’en sera que plus impitoyable.

Nous vous conseillons vivement de vous laisser secouer par ce roman magnifiquement écrit dans un style tour à tour torturé et lyrique, sarcastique et cru.

Le Sermon sur la Chute de Rome est implacable, sans espoir, et somptueusement ténébreux.

 

QU’AVONS-NOUS FAIT DE NOS RÊVES ? de Jennifer Egan, éditions Stock – La Cosmopolite.

Sasha, Bennie, Lou, Jocelyn, Stéphanie et bien d’autres… C’est à une véritable constellation de personnages que nous avons affaire ici.

Tous ont gravité, gravitent, ou graviteront de près ou de loin autour d’une bande d’adolescents de San Francisco passionnés de punk-rock qui nourrissaient des rêves de gloire. Le temps passe, ils deviennent adultes, font des enfants que l’on suit parfois, ou n’en font pas, mais tous sont confrontés à leurs propres échecs et leurs désillusions.

Impossible de résumer ce roman à l’intrigue touffue et fragmentée, dans lequel Jennifer Egan saute d’une époque à l’autre, d’un personnage à l’autre, d’un style narratif à l’autre à chaque chapitre, liant le tout grâce à un fil ténu qu’elle déroule avec une virtuosité époustouflante.

« Entre Proust et les Soprano », dixit l’auteur…

Un beau roman à la fois mélancolique, cruel, et doux-amer sur le temps qui passe, et son cortège de petites gifles qui finissent par effacer nos rêves de jeunesse.

Des romans noirs

Quelques romans policiers pour vous détendre, vous faire frissonner en cette période de rentrée. Pêle mêle, des nouveautés et du fonds.

 EXCELLENT !

Dans ce nouveau roman, Caryl Ferey nous entraîne dans une Argentine traumatisée tant par la barbarie de ses « ex » bourreaux que par le cynisme des profiteurs de la crise économique.

Une intrigue bien menée, à un rythme d’enfer, des personnages attachants, un récit bien documenté. Un roman noir, âpre, violent parfois mais diablement efficace !

Dixit son auteur, « une deuxième partie se profile (qui n’est pas une suite). On l’attend avec impatience !

En attendant, venez découvrir ses précédents romans, tous aussi efficaces…

Mapuche, Caryl Ferey – Serie Noire, Editions Gallimard – 19€90

 

 

UNE TENSION PALPABLE dès le début qui monte crescendo !

 Petit trafiquant criblé de dettes, notre héros accepte une mission dans les montagnes du Wyoming autant pour sauver son ranch que pour reconquérir son ex femme qui l’accompagne. Mais rien ne se passe comme prévu.

Un roman à suspense donc, un  suspense qui monte doucement comme on gravit un sommet. La descente ? Beaucoup plus rapide, tous les randonneurs vous le diront !

Et comme toujours dans les romans des Editions Gallmeister de très belles évocations de la nature et des personnages très touchants. A découvrir !

 

Le signal, Ron Carlson – Totem, Editions Gallmeister – 9€20

UNE CHUTE INNATTENDUE !

Le pays en pleine crise economique et politique est secoué par de multiples emeutes, encouragées et menées par un mystérieux et insaisissable leader charismatique baptisé Frère-La-Colère qui recrute Victor, un tueur à gages très professionnel afin de mener l’ultime mission.

Pas le temps de s’ennuyer, l’intrigue est efficace, la chute innattendue, le ton mordant ! Un petit bonheur de lecture.

Le dernier contrat, Olivier Maulin- Vendredi 13, Editions Elb – 15€

 

ENVOUTANT !

C’est l’histoire de Lilia, « kidnappée » par son père à l’âge de 7 ans, de leur cavale à travers les Etats-Unis. C’est l’histoire de Christopher, le détective privé engagé par la mère de Lilia, de son obsession pour cette affaire qui va ruiner sa vie de famille et sa fille Michaela. C’est l’histoire d’Ellie, amoureux de Lilia, qui partira à Montréal pour la retrouver. C’est à Montréal que la vérité éclatera.

Une étrange musique se dégage de ce roman, une musique envoûtante. Une histoire à plusieurs voix où la vérité n’est jamais celle qu’on croit !

Dernière nuit à Montréal, Emily St John Mandel – Editions Rivages Noir – 18€50

Juste des enfants sauvages…

On ne présente plus Patti Smith, chanteuse et performeuse, « poétesse électrique », incarnation de l’héroïne rock rebelle et libre.

Avec Just Kids, qui vient d’être édité en poche, elle revient sur ses jeunes années, sur ses débuts d’artiste bohème, et avant tout sur son histoire d’amour avec Robert Mapplethorpe, grand photographe décédé en 1989, devenu lui aussi culte et légendaire.

Deux enfants terribles de la scène artistique New-Yorkaise aux parcours indissociables, qui ont pour point commun d’avoir bousculé les codes pour forger leur identité et devenir des figures majeures du rock pour l’une et de la photo pour l’autre.

 

Dans ce récit autobiographique, Patti Smith se souvient… Tout commence par sa rencontre avec Robert : l’amour, la vie de bohème, ses vaches maigres et ses joies dans le New-York de la fin des années 60, les coups durs où il faut s’accrocher l’un à l’autre, le travail acharné du couple pour trouver leurs voies artistiques respectives, les rencontres avec les figures de la contre-culture (Allen Ginsberg, Janis Joplin, Lou Reed, et la bande à Warhol) aussi bien qu’avec les marginaux hauts en couleur du Chelsea Hotel… Jusqu’au début de la reconnaissance, puis de la gloire, moment où leur identité s’affirme en même temps que leurs chemins se séparent.

 

 

Patti Smith raconte avec pudeur et émotion ces années où tout a commencé. Et si l’on referme ce livre la gorge nouée, c’est parce qu’elle parvient à nous faire ressentir la nostalgie du temps de l’innocence, ce temps où avec Robert, ils étaient « juste des gamins ».

 

Just Kids - Patti Smith – Folio, 7€50

Inauguration de notre « choix des libraires » !

Pêle-mêle et en guise de bienvenue, les livres récemment lus et appréciés par l’une ou l’autre de vos libraires.

Des romans noirs qui se dévorent, quelques fictions facétieuses, et un bain de nostalgie… en bref voici une sélection de nos plaisirs de lecture.

Avant de vous retrouver plus tard pour la mise en lumière de nos coups de coeur…

 

Le narrateur a tué Richard en lui plantant un couteau à pain dans le ventre, lors d’un dîner entre universitaires polis… et alors ?

Une déambulation nocturne délirante, décalée, et totalement jubilatoire !

En Tuant Richard - Gilles Moraton - Ed. Elytis – 11.20 €

 

Le narrateur de ce recueil de nouvelles se décrit comme un écrivain à ses heures perdues, ayant le physique et le courage de son emploi (corpulant et lâche). Il a pourtant une fâcheuse tendance à se retrouver dans des situations périlleuses en fréquentant la faune animale et humaine du fin fond de l’Australie.

C’est drôle, très très drôle !

La Vengeance du Wombat – Kenneth Cook – Livre de Poche – 6.10 €

 

Un polar sombre, impossible à refermer avant le dénouement.  Des  personnages parfaitement incarnés, un roman axé sur les drames humains davantage que sur le crime.

Le dernier Ellory est une vraie réussite !

 

Les anges de New-York - R.J. Ellory - Ed. Sonatine – 22,60€

 

 

Le personnage principal est prof de philo et intervient en prison. A trop fréquenter les taulards, il va se retrouver embarqué dans une sale embrouille.

Servi par une langue à la Frédéric Dard, c’est jouissif, décalé, enlevé ! En prime, une petite initiation à la philosophie.

Un prix Brassens 2011 mérité.

La zonzon - Alain Guyard – Ed. Le Dilettante – 20,30€

 

 

Maxwell Sim, 48 ans, a raté sa vie. Très déprimé, il accepte de devenir représentant en brosses à dents bio et traverse l’Angleterre accompagné par la voix langoureuse de son GPS… dont il tombe amoureux.

Une nouvelle fois, Jonathan Coe brosse le portrait d’un grand loser sympathique, et d’une Angleterre morne et uniformisée. Le comique désespéré se mêle brillamment à la satire sociale. Un vrai plaisir de lecture.

La vie très privée de Mr Sim - J. Coe – Folio – 8,10€

 

Atteinte d’une maladie incurable, elle décide de finir sa vie dans sa maison et de profiter pleinement des derniers moments de son existence, de son mari et de sa fille. Dans ce rapprochement, un secret de famille va être dévoilé qui aura bouleversé et bouleversera tout un chacun.

Un roman empreint de nostalgie, tout en sensibilité, un beau roman d’amour.

L’armoire des robes oubliées – R. Pulkkinen – Albin Michel – 21,20€

 

 

« Ceci n’est pas l’histoire d’une petite fille qui disparaît. C’est l’histoire d’une petite fille qui réapparaît… » Ainsi démarre l’intrigue de ce roman aux multiples imbrications.

Une histoire à plusieurs voix qui prend le temps d’installer ses personnages d’une grande complexité avant de vous happer. Une belle écriture, un bon suspens, un polar à dévorer.

Les fleurs de l’ombre - Steve Mosby – Ed. Sonatine – 20,30€