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Articles de la catégorie ‘coup de coeur littérature’

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darrieussecqNous sommes très heureuses de recevoir Marie Darrieussecq autour de son dernier roman « Il faut beaucoup aimer les hommes » publié aux éditions P.O.L.

Rejoignez-nous pour une conversation avec une écrivaine qui, depuis son premier roman « Truismes » en 1996, marque de son empreinte radicale et de son esthétique singulière la littérature française contemporaine.

Une rencontre placée sous l’influence de la passion amoureuse, et d’un voyage au coeur des ténèbres de l’Afrique après un détour par les collines de Los Angeles.

« Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter » disait Marguerite Duras à qui le titre de ce très beau roman a été emprunté.

Des extraits de « Il faut beaucoup aimer les hommes » seront lus par quelques membres de notre atelier lecture à voix haute en début de rencontre.

Demain Berlin – Oscar Coop-Phane – Editions Finitude

coop-phane-berlinTobias, Armand, Franz, ils sont trois. Atterris à Berlin un peu par hasard en quête d’un nouveau départ, la ville va leur offrir une nouvelle normalité, presque une nouvelle famille. La vie paraît simple, les filles fument dans les cafés, on parle pendant des heures, dans toutes les langues, on peint, on écrit un peu, on cherche un lit pour la nuit. Et quand on est seul, qu’il neige dehors, on peut toujours danser jusqu’à l’épuisement au Berghain-Panoramabar. Il y fait chaud, on croise un ami, on avale quelque chose pour vivre plus fort et on oublie le passé, on s’oublie. C’est bon. On a trouvé notre nouvelle famille. Les druffis, c’est comme ça qu’on nous appelle.
Un jour on quittera Berlin. Mais pas tout de suite, pas ce soir, demain…

Avec ce roman en partie autobiographique, Oscar Coop-Phane, révélé l’année dernière avec Zénith Hôtel, confirme son talent hors-normes.

On retrouve son goût pour les « histoires crève-coeur » et les personnages qui, plutôt qu’affronter les petites bassesses de l’existence, préfèrent les grandes dérives.

Un roman d’une sincérité et d’une singularité époustouflantes, qui ne cherche jamais à vous caresser dans le sens du poil : au contraire, Oscar Coop-Phane, écrivain turbulent, semble aimer bousculer celui qui le lit.

Mais il aime aussi les paradoxes : en racontant les désillusions d’une génération sans rien nous épargner, il nous offre un bouquet de tristesse et de rage avec une grâce qui fait son chemin au milieu des stroboscopes, des stupéfiants et de la grisaille.

Demain Berlin est un roman qui, au delà du vague à l’âme qui l’habite, s’élève de la plus poétique des manières contre l’ordre établi.

A noter : Oscar Coop-Phane viendra nous rencontrer le jeudi 30 Mai à 18h30 au Celtic Pub (rue de l’Harmonie, Tarbes). Des extraits de Demain Berlin seront lus à voix haute pendant la rencontre.

Beautés animales

En ce début d’année 2013, deux romans lus coup sur coup se détachent au point de tout emporter sur leur passage.

Deux histoires qui ont pour point commun de mettre en lumière notre lien – perdu, oublié ? – au monde animal.

Deux romans puissants, hors-normes, turbulents.

Attachez vos ceintures…

 

L’HOMME QUI SAVAIT LA LANGUE DES SERPENTS – Andrus Kivirähk – Editions Attila

Les éditions Attila ont eu l’idée lumineuse d’aller dégoter ce roman d’Andrus Kivirähk, écrivain estonien célébré dans son pays, et c’est un ouragan littéraire qui nous est servi sur un plateau.

« L’Homme qui savait la langue des serpents » est une fable politique aussi drôle que désespérée où l’on suit les aventures de Leemet, petit homme de la forêt, le dernier à connaître la langue des serpents dont la puissance lui permet de contrôler les animaux sauvages qui l’entourent.

Il est loin, le temps où les gens de son peuple étaient nombreux à la parler couramment et à vivre une vie sylvestre et libre. Trop de monde a préféré choisir un mode de vie moderne et quitter la forêt pour les villages, abandonner la saveur de l’élan rôti pour le pain fade qui engourdit la bouche, oublier la langue des serpents, ce savoir exigeant qui garantissait sa puissance et sa liberté, pour se laisser asservir par de nouvelles croyances importées par les moines et les « hommes de fer ».

Leemet se trouve rapidement pris en tenaille entre ceux qui fuient en avant vers la modernité, et les fanatiques nostalgiques du « bon vieux temps », qui préfèrent se replier vers l’obscurantisme, la folie et la haine.

Loin de se laisser aller à un manichéisme imbécile sur le mode « la modernité c’est mal, c’était mieux avant », l’auteur compose un féroce pamphlet contre la bêtise et le conformisme qui poussent les hommes à abandonner les exigences d’une vie libre pour épouser la servitude volontaire.

Mais ce qui fait également de « L’Homme qui savait la langue des serpents » une lecture inoubliable, c’est la jubilation, la fantaisie, la truculence, l’impertinence et l’humour irrésistible avec lesquels Andrus Kivirähk nous conte son histoire.

Vous y croiserez des ours libidineux qui se tressent des couronnes de pissenlits pour séduire les femmes, de sages serpents incompris qui méprisent les âneries fanatiques des humains, un Jésus Christ superstar adulé par les ados, un papie increvable à la fureur jubilatoire qui se fabrique des ailes avec des os humains, une salamandre géante depuis trop longtemps endormie… Sans compter Leemet, héros follement attachant et terriblement seul face à la bêtise irréductible.

Qu’attendez-vous pour vous jeter sur ce merveilleux roman à l’esprit profondément libre et insoumis ?

 

ANIMA – Wajdi Mouawad – Editions Actes Sud

« Les humains sont seuls. Malgré la pluie, malgré les animaux, malgré les fleuves et les arbres et le ciel et malgré le feu. Les humains restent au seuil . Ils ont reçu la pure verticalité en present, et pourtant ils vont, leur existence durant, courbés sous un invisible poids. Quelque chose les affaisse. Il pleut : voilà qu’ils courent. Ils espèrent les dieux et cependant ne voient pas les yeux des bêtes tournés vers eux. Ils n’entendent pas notre silence qui les écoute. Enfermés dans leur raison, la plupart ne franchiront pas le pas de la déraison, sinon au prix d’une illumination qui les laissera fous et exsangues. Ils sont absorbés par ce qu’ils ont sous la main, et quand leurs mains sont vides, ils les posent sur leur visage et pleurent. Ils sont comme ça. »

Qui parle ici ? Un chimpanzé, narrateur parmi d’autres de ce roman profondément bouleversant. Une histoire entièrement racontée par les animaux qui en sont témoins : quelques chats, quelques chiens, une fourmi, un renard, une araignée…

Un homme découvre le cadavre ensanglanté de sa femme au milieu de leur appartement, atrocement assassinée : le chat raconte. On retrouve l’homme plus tard à l’hôpital : les oiseaux qui viennent se poser sur le rebord de sa fenêtre témoignent de ses paroles, faits et gestes, et ainsi de suite…

Car cet homme fou de chagrin va se lancer à la poursuite de celui qui a assassiné sa femme et fracassé son quotidien, non pour se venger, mais pour découvrir son visage et s’assurer qu’il n’est pas lui-même l’auteur du meurtre.

Traversant l’Amérique en passant par les réserves Indiennes, nous le suivons dans une odyssée désespérée où la mémoire du sang versé et des massacres perpétrés par les hommes révèle ce qui le lie aux bêtes qui croisent sa route.

Ces bêtes silencieuses que l’on ne sait pas entendre, auxquelles l’auteur donne une voix qui jette une lumière crue et poignante sur le monde des humains.

Avec son deuxième roman, Wajdi Mouawad – plus connu comme dramaturge, auteur du quatuor de théâtre « Le Sang des promesses » dont fait partie la pièce « Incendies » – dépasse largement le cadre du thriller au suspense parfaitement haletant.

L’intensité explosive tenue d’un bout à l’autre du récit est totalement magnifiée par une écriture à la beauté saisissante, sauvage, violente.

Saisissante, sauvage, violente comme le monde où le sang, la vie et la mort inextricablement liés sont omniprésents, malgré les hommes et leurs civilisations…

Des cailloux dans le ventre – John Bauer

  « Je disais à tout le monde que j’avais été adopté. Petit, je l’annonçais à tous les nouveaux venus, si bien que cela a fini par s’insinuer en moi comme une sorte de vérité. Une vérité qui m’habite toujours et m’empêche de me sentir à ma place… Où qu’on aille, quoi qu’on fasse de ses sentiments, notre vérité nous guette. Mon enfance me hante comme mes poings hantent mes mains. Partir ne m’a pas non plus permis d’en finir avec mes parents. Je les emporte partout dans cette mémoire imposée. Maman surtout. »

Alors, lorsqu’à 28 ans, il revient chez lui, au chevet de sa mère malade et en fin de vie, la tentation est grande de demander des comptes, de faire payer, de se punir aussi.Ce sera surtout l’occasion de faire la paix avec son enfance.

Un roman coup de poing ! On aime ou on déteste, mais on ne peut pas rester indifférent.

Une histoire à deux voix : celle de l’enfant, jaloux de Robert, un enfant accueilli par ses parents et pour qui sa mère témoigne d’un attachement très fort, une jalousie qui conduira au drame ; celle de l’adulte qui porte encore les stigmates de son enfance, une rage qui le conduit à de nombreux débordements et une certaine cruauté envers sa mère.

C’est cruel parfois, c’est violent aussi, parfois drôle, toujours émouvant. Et quelle écriture ! John Bauer a su retranscrire la pensée de l’enfant qui saute du coq à l’âne passant du rire à la colère et aux larmes. Il a su exprimer des émotions intenses, des sentiments forts, dérangeants même, parce qu’ils peuvent nous paraître étrangers. L’auteur a su peindre un personnage touchant par ses errances, sa vulnérabilité, ses émotions.

Un roman poignant, une écriture puissante, vous l’avez compris, on a adoré !

Des cailloux dans le ventre, John Bauer, La Cosmopolite, Editions Stock, 22€

 

Venir au monde – Margaret Mazzantini

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas une nouveauté dont nous allons faire l’apologie. Paru en 2010 chez Robert Laffont, puis en 10-18 en 2011, ce roman est passé inaperçu. Et pourtant…

« On ne peut jamais dire ce que c’est… ce que c’est exactement. C’est une membrane, peut-être une prison dès le début. Une vie qui a voyagé, qui vient de loin en direction de la nôtre, nous en avons senti le petit vent, l’odeur de la halte, depuis toujours, en nous étaient sa transpiration, sa fatigue. Son effort, pour nous. »

 

Tout commence en 2008, lorsque Gemma accepte l’invitation de Gojko à venir voir l’exposition des photographies de guerre de Diego, le père de son fils, l’homme qu’elle a aimé par dessus tout, qu’elle perdu pendant la guerre de Yougoslavie. Elle part donc à Sarajevo avec son fils sur les traces de ce père qu’il n’a pas connu à la découverte de la ville où il est né, une ville qui porte encore les stigmates de la barbarie. Un voyage vers le passé qui ramène Gemma à son grand amour, à sa quête éperdu d’un enfant sur fond de guerre, à la naissance de ce fils tant désiré, cadeau d’amour de Diego avant de mourir.

C’est poignant,  boulevervant.

Rien ne nous est épargné, ni la mort, ni l’horreur de la guerre, ni la douleur, ni l’amour. Pas de faux semblant, de l’émotion à fleur de peau, à fleur de mot, des personnages touchants, perdus, épris d’amour, épris de vie, terriblement humains. Un roman d’une puissance rare, une écriture au couteau et un très beau réquisitoire contre la guerre.

« Il n’y a pas si longtemps, je suis passé près d’un champ de coquelicots. Pour la première fois, je n’ai pas pensé au sang, j’étais fasciné par cette beauté fragile, qu’une hache, une maljutka, une rafale de vent, aurait suffi à détruire. Ce champ nous attendait, ma femme et moi, derrière un virage. Un immense pré ponctué de langues rouges, comme des coeurs tombés du ciel. Nous avons arrêté la voiture et avons fondu en larmes. Moi d’abord. Puis elle, comme un torrent. Ces pleurs nous ont lentement vidés, nous ont dédommagés. Ce soir là nous avons recommencé à respirer profondément. C’était redevenu supportable. Pendant des années, nous n’avons eu qu’une courte respiration, de gorge… Deux mois plus tard, ma femme était enceinte. »

Soufi, mon amour d’Elif Shafak

Ella Rubinstein a, en apparence, tout pour être heureuse : une belle maison, un mari, trois beaux enfants et un chien fidèle. Mais à l’aube de ses 40 ans, elle se demande si elle n’est pas passée à côté de sa vie et de l’amour. Mariage de raison plus que de passion, les incartades de son époux ne sont plus un secret. Engagée comme lectrice par une agence littéraire, sa première mission est de rédiger une note sur un manuscrit signé Aziz Z. Zahara. Ce roman (que l’on découvre nous aussi au fil des pages) retrace la rencontre entre le poête Rumi et Shams de Tabriz, un célèbre derviche errant. Pour Ella, c’est un bouleversement. Cette lecture fait echo en elle, l’interroge. Elle se met alors en contact avec son auteur et au fil de sa lecture et de ses conversations avec Aziz Z. Zahara, elle découvre le soufisme et la splendeur de l’Amour.

 

Une construction originale avec deux histoires dans un roman et deux styles d’écriture : un style épuré, simple et direct quand c’est Ella qui raconte, une écriture plus riche et plus dense dans le manuscrit. Cette double lecture peut déstabiliser, l’histoire d’Ella agacer. Ce roman n’en est pas moins un merveilleux voyage dans le monde soufiste, à la rencontre de personnages attachants, anti-conformistes et libres.

 

Alors, laissez-vous envouter par ce roman qui interroge, qui ouvre de nouveaux horizons, qui nous parle simplement d’amour (au sens large du terme). A mettre entre toutes les mains !

 

Soufi, mon amour – Elif Shafak – Ed. 10-18 – 9,10€

 

 

L’Enfance, le chaos : « Vie Animale » et « Room »

L’enfance peut être vue comme un paradis perdu, une source de nostalgie. Rien de tout cela dans ces deux romans « coup de poing » : deux uppercuts puissants et profondément originaux, ayant pour point commun de raconter deux expériences hors norme du point de vue de l’enfant.

 

« Room » d’Emma Donoghue, tout d’abord, nous raconte la séquestration d’une mère et de son enfant de 5 ans né en captivité, narrateur de l’histoire.

Un livre « tour de force » de cette romancière canadienne, qui réussit le pari incroyablement gonflé de nous tenir en haleine par la voix toujours juste d’un petit garçon intelligent et imaginatif.

Au passage, elle nous interroge sur l’enfermement, la liberté, la violence du « monde du dehors », et nous touche immensément par la description de l’incroyable amour liant une femme à son fils. Une claque magistrale.

 

« Vie Animale » de Justin Torres, ensuite. Ce premier roman d’un jeune auteur hispano-américain nous décrit une enfance chaotique, pourtant parsemée d’instants magiques.

Trois frères nés de parents paumés, trop jeunes, qui se déchirent parfois violemment. Les enfants, livrés à eux mêmes, ressemblent parfois à une petite meute sauvage.

Le roman est organisé en courts chapitres incisifs et rythmés, racontés du point de vue du plus jeune frère qui, petit à petit, réussira à affirmer son individualité face à la loi du groupe.

L’écriture est splendide : organique, brutale et poétique à la fois. Un petit bijou à découvrir absolument.