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Quand « Zénith Hôtel » prend vie à la librairie

Une image souvenir de la rencontre avec Oscar Coop-Phane du vendredi 11 Mai (d’autres sont visibles sur notre page Facebook), autour du roman qui le révèle en tant qu’écrivain : « Zénith Hôtel »

Après avoir écouté des passages du roman, joliment lus à deux voix par Carole Barbe et Jacques Carayre, nous avons dialogué un long moment avec Oscar.

Nous avons parlé des romanciers Henri Calet et Emmanuel Bove, qui l’ont inspiré ; de la manière dont il travaille avec son éditeur, Finitude ; de solitude et de rage ; des détails intimes qui nous caractérisent tous ; des petites choses apparemment sans importance qui nous sauvent… et même des « littérateurs aux cheveux gras » qui l’agacent prodigieusement.

Bref, nous avons tenté de saisir un peu de la beauté de ce « Zénith Hôtel », une entrée en littérature plutôt magistrale d’un écrivain de 23 ans.

Pour vous donner envie de venir le découvrir (car c’est un roman qui restera à la librairie), je retranscris ci-dessous la très pertinente chronique de Martine Laval dans le dernier Siné Mensuel :

« J’ai perdu ma tendresse. Elle ne reviendra plus. Je suis trop vieille »  Nanou, celle qui parle ainsi, est une prostituée. Elle dit sans barguiner : « Je suis une pute de rue. Pas une call-girl ou quelque chose comme ça ; non, une vraie pute de trottoir. »  Postée aux premières loges pour tâter la vie, telle qu’elle va, cahin-caha, avec son lot de surprises, de tristesses, de solitudes infinies.

Nanou est l’héroïne que s’est choisi un jeune, très jeune gars – il a à peine plus de 20 ans, c’est très énervant tant de talent ! Oscar Coop-Phane, il faudra retenir ce nom – qui plonge dans la vie au ras du bitume, s’arme d’humour et de poésie façon Brassens, se glisse dans la peau d’une femme au coeur lourd de caresses inassouvies et nous fait une galerie de portraits de mecs, de types invisibles tant ils sont anonymes, tout de grisaille, dehors comme dedans. (…)

Nanou et sa bande de clients sont sans doute des losers vus du côté des manitous du CAC 40 ou des mordus de Rolex en goguette au Fouquet’s. Ils ont l’âme qui transpire la saleté du monde mais s’agrippent à des riens pour rester debout. Ils se donnent rendez-vous dans une chambre miteuse au Zénith Hôtel, pour voir si là-bas le ciel ne s’embraserait pas tout d’un coup, rien que pour eux. (…)

Oscar Coop-Phane, en sortant de l’ombre sa trimardeuse, ne s’égare ni dans la compassion gnangnan ni dans la lamentation crapoteuse. Il trousse une complainte de fille de joie généreuse, en petits bonheurs arrachés à la crapulerie du monde : « Mais on ne peut pas la fuir, l’humanité. Elle est toujours là, comme une plaie béante qui ne cicatrisera jamais. Elle suinte, elle coule ».

De la poésie en guise de politique, un deux-en-un bien trop rare . »

L’Enfance, le chaos : « Vie Animale » et « Room »

L’enfance peut être vue comme un paradis perdu, une source de nostalgie. Rien de tout cela dans ces deux romans « coup de poing » : deux uppercuts puissants et profondément originaux, ayant pour point commun de raconter deux expériences hors norme du point de vue de l’enfant.

 

« Room » d’Emma Donoghue, tout d’abord, nous raconte la séquestration d’une mère et de son enfant de 5 ans né en captivité, narrateur de l’histoire.

Un livre « tour de force » de cette romancière canadienne, qui réussit le pari incroyablement gonflé de nous tenir en haleine par la voix toujours juste d’un petit garçon intelligent et imaginatif.

Au passage, elle nous interroge sur l’enfermement, la liberté, la violence du « monde du dehors », et nous touche immensément par la description de l’incroyable amour liant une femme à son fils. Une claque magistrale.

 

« Vie Animale » de Justin Torres, ensuite. Ce premier roman d’un jeune auteur hispano-américain nous décrit une enfance chaotique, pourtant parsemée d’instants magiques.

Trois frères nés de parents paumés, trop jeunes, qui se déchirent parfois violemment. Les enfants, livrés à eux mêmes, ressemblent parfois à une petite meute sauvage.

Le roman est organisé en courts chapitres incisifs et rythmés, racontés du point de vue du plus jeune frère qui, petit à petit, réussira à affirmer son individualité face à la loi du groupe.

L’écriture est splendide : organique, brutale et poétique à la fois. Un petit bijou à découvrir absolument.

politique pas toc

A l’heure où les soit-disant débats autour de la présidentielle font rage (sondages, « expertises » économiques et politiques, et autres réjouissances), on a craqué.

Le point de départ : la carte postale des frères Plonk et Replonk ci-dessus… un humour irrévérencieux qui frappe juste sous des dehors débonnaires.

Un agrandissement chez l’imprimeur et hop !… Nous avons fait un usage déterminé de la liberté d’expression qui nous est chère.

Les thèmes mis en lumière dans notre vitrine nous tiennent à coeur : analyser les rouages de la propagande propre à nos « démocraties » grâce aux indispensables livres de Noam Chomsky, notamment ; parler de précarité autrement avec le petit livre « Marre d’être Pauvre » de l’artiste Fabienne Yvert (et son « liberté, égalité, fraternité, mon cul ») ; s’interroger sur l’ordre sécuritaire technologique avec les livres du collectif « Pièces et Main d’Oeuvre » ; revenir aux fondamentaux avec Thoreau et Howard Zinn qui ont écrit et mis en pratique la désobéissance civile ; enfin, explorer les chemins de traverse vers de nouvelles formes de démocratie, et s’autoriser à regarder dans la direction des utopies…

Bref, trouver un peu d’air respirable et tenter modestement de cheminer vers de nouvelles perspectives.

(La liste ci-dessus n’est pas exhaustive, le mieux est encore de venir voir sur place !)

Inauguration de notre « choix des libraires » !

Pêle-mêle et en guise de bienvenue, les livres récemment lus et appréciés par l’une ou l’autre de vos libraires.

Des romans noirs qui se dévorent, quelques fictions facétieuses, et un bain de nostalgie… en bref voici une sélection de nos plaisirs de lecture.

Avant de vous retrouver plus tard pour la mise en lumière de nos coups de coeur…

 

Le narrateur a tué Richard en lui plantant un couteau à pain dans le ventre, lors d’un dîner entre universitaires polis… et alors ?

Une déambulation nocturne délirante, décalée, et totalement jubilatoire !

En Tuant Richard - Gilles Moraton - Ed. Elytis – 11.20 €

 

Le narrateur de ce recueil de nouvelles se décrit comme un écrivain à ses heures perdues, ayant le physique et le courage de son emploi (corpulant et lâche). Il a pourtant une fâcheuse tendance à se retrouver dans des situations périlleuses en fréquentant la faune animale et humaine du fin fond de l’Australie.

C’est drôle, très très drôle !

La Vengeance du Wombat – Kenneth Cook – Livre de Poche – 6.10 €

 

Un polar sombre, impossible à refermer avant le dénouement.  Des  personnages parfaitement incarnés, un roman axé sur les drames humains davantage que sur le crime.

Le dernier Ellory est une vraie réussite !

 

Les anges de New-York - R.J. Ellory - Ed. Sonatine – 22,60€

 

 

Le personnage principal est prof de philo et intervient en prison. A trop fréquenter les taulards, il va se retrouver embarqué dans une sale embrouille.

Servi par une langue à la Frédéric Dard, c’est jouissif, décalé, enlevé ! En prime, une petite initiation à la philosophie.

Un prix Brassens 2011 mérité.

La zonzon - Alain Guyard – Ed. Le Dilettante – 20,30€

 

 

Maxwell Sim, 48 ans, a raté sa vie. Très déprimé, il accepte de devenir représentant en brosses à dents bio et traverse l’Angleterre accompagné par la voix langoureuse de son GPS… dont il tombe amoureux.

Une nouvelle fois, Jonathan Coe brosse le portrait d’un grand loser sympathique, et d’une Angleterre morne et uniformisée. Le comique désespéré se mêle brillamment à la satire sociale. Un vrai plaisir de lecture.

La vie très privée de Mr Sim - J. Coe – Folio – 8,10€

 

Atteinte d’une maladie incurable, elle décide de finir sa vie dans sa maison et de profiter pleinement des derniers moments de son existence, de son mari et de sa fille. Dans ce rapprochement, un secret de famille va être dévoilé qui aura bouleversé et bouleversera tout un chacun.

Un roman empreint de nostalgie, tout en sensibilité, un beau roman d’amour.

L’armoire des robes oubliées – R. Pulkkinen – Albin Michel – 21,20€

 

 

« Ceci n’est pas l’histoire d’une petite fille qui disparaît. C’est l’histoire d’une petite fille qui réapparaît… » Ainsi démarre l’intrigue de ce roman aux multiples imbrications.

Une histoire à plusieurs voix qui prend le temps d’installer ses personnages d’une grande complexité avant de vous happer. Une belle écriture, un bon suspens, un polar à dévorer.

Les fleurs de l’ombre - Steve Mosby – Ed. Sonatine – 20,30€