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Demain Berlin – Oscar Coop-Phane – Editions Finitude

coop-phane-berlinTobias, Armand, Franz, ils sont trois. Atterris à Berlin un peu par hasard en quête d’un nouveau départ, la ville va leur offrir une nouvelle normalité, presque une nouvelle famille. La vie paraît simple, les filles fument dans les cafés, on parle pendant des heures, dans toutes les langues, on peint, on écrit un peu, on cherche un lit pour la nuit. Et quand on est seul, qu’il neige dehors, on peut toujours danser jusqu’à l’épuisement au Berghain-Panoramabar. Il y fait chaud, on croise un ami, on avale quelque chose pour vivre plus fort et on oublie le passé, on s’oublie. C’est bon. On a trouvé notre nouvelle famille. Les druffis, c’est comme ça qu’on nous appelle.
Un jour on quittera Berlin. Mais pas tout de suite, pas ce soir, demain…

Avec ce roman en partie autobiographique, Oscar Coop-Phane, révélé l’année dernière avec Zénith Hôtel, confirme son talent hors-normes.

On retrouve son goût pour les « histoires crève-coeur » et les personnages qui, plutôt qu’affronter les petites bassesses de l’existence, préfèrent les grandes dérives.

Un roman d’une sincérité et d’une singularité époustouflantes, qui ne cherche jamais à vous caresser dans le sens du poil : au contraire, Oscar Coop-Phane, écrivain turbulent, semble aimer bousculer celui qui le lit.

Mais il aime aussi les paradoxes : en racontant les désillusions d’une génération sans rien nous épargner, il nous offre un bouquet de tristesse et de rage avec une grâce qui fait son chemin au milieu des stroboscopes, des stupéfiants et de la grisaille.

Demain Berlin est un roman qui, au delà du vague à l’âme qui l’habite, s’élève de la plus poétique des manières contre l’ordre établi.

A noter : Oscar Coop-Phane viendra nous rencontrer le jeudi 30 Mai à 18h30 au Celtic Pub (rue de l’Harmonie, Tarbes). Des extraits de Demain Berlin seront lus à voix haute pendant la rencontre.

Beautés animales

En ce début d’année 2013, deux romans lus coup sur coup se détachent au point de tout emporter sur leur passage.

Deux histoires qui ont pour point commun de mettre en lumière notre lien – perdu, oublié ? – au monde animal.

Deux romans puissants, hors-normes, turbulents.

Attachez vos ceintures…

 

L’HOMME QUI SAVAIT LA LANGUE DES SERPENTS – Andrus Kivirähk – Editions Attila

Les éditions Attila ont eu l’idée lumineuse d’aller dégoter ce roman d’Andrus Kivirähk, écrivain estonien célébré dans son pays, et c’est un ouragan littéraire qui nous est servi sur un plateau.

« L’Homme qui savait la langue des serpents » est une fable politique aussi drôle que désespérée où l’on suit les aventures de Leemet, petit homme de la forêt, le dernier à connaître la langue des serpents dont la puissance lui permet de contrôler les animaux sauvages qui l’entourent.

Il est loin, le temps où les gens de son peuple étaient nombreux à la parler couramment et à vivre une vie sylvestre et libre. Trop de monde a préféré choisir un mode de vie moderne et quitter la forêt pour les villages, abandonner la saveur de l’élan rôti pour le pain fade qui engourdit la bouche, oublier la langue des serpents, ce savoir exigeant qui garantissait sa puissance et sa liberté, pour se laisser asservir par de nouvelles croyances importées par les moines et les « hommes de fer ».

Leemet se trouve rapidement pris en tenaille entre ceux qui fuient en avant vers la modernité, et les fanatiques nostalgiques du « bon vieux temps », qui préfèrent se replier vers l’obscurantisme, la folie et la haine.

Loin de se laisser aller à un manichéisme imbécile sur le mode « la modernité c’est mal, c’était mieux avant », l’auteur compose un féroce pamphlet contre la bêtise et le conformisme qui poussent les hommes à abandonner les exigences d’une vie libre pour épouser la servitude volontaire.

Mais ce qui fait également de « L’Homme qui savait la langue des serpents » une lecture inoubliable, c’est la jubilation, la fantaisie, la truculence, l’impertinence et l’humour irrésistible avec lesquels Andrus Kivirähk nous conte son histoire.

Vous y croiserez des ours libidineux qui se tressent des couronnes de pissenlits pour séduire les femmes, de sages serpents incompris qui méprisent les âneries fanatiques des humains, un Jésus Christ superstar adulé par les ados, un papie increvable à la fureur jubilatoire qui se fabrique des ailes avec des os humains, une salamandre géante depuis trop longtemps endormie… Sans compter Leemet, héros follement attachant et terriblement seul face à la bêtise irréductible.

Qu’attendez-vous pour vous jeter sur ce merveilleux roman à l’esprit profondément libre et insoumis ?

 

ANIMA – Wajdi Mouawad – Editions Actes Sud

« Les humains sont seuls. Malgré la pluie, malgré les animaux, malgré les fleuves et les arbres et le ciel et malgré le feu. Les humains restent au seuil . Ils ont reçu la pure verticalité en present, et pourtant ils vont, leur existence durant, courbés sous un invisible poids. Quelque chose les affaisse. Il pleut : voilà qu’ils courent. Ils espèrent les dieux et cependant ne voient pas les yeux des bêtes tournés vers eux. Ils n’entendent pas notre silence qui les écoute. Enfermés dans leur raison, la plupart ne franchiront pas le pas de la déraison, sinon au prix d’une illumination qui les laissera fous et exsangues. Ils sont absorbés par ce qu’ils ont sous la main, et quand leurs mains sont vides, ils les posent sur leur visage et pleurent. Ils sont comme ça. »

Qui parle ici ? Un chimpanzé, narrateur parmi d’autres de ce roman profondément bouleversant. Une histoire entièrement racontée par les animaux qui en sont témoins : quelques chats, quelques chiens, une fourmi, un renard, une araignée…

Un homme découvre le cadavre ensanglanté de sa femme au milieu de leur appartement, atrocement assassinée : le chat raconte. On retrouve l’homme plus tard à l’hôpital : les oiseaux qui viennent se poser sur le rebord de sa fenêtre témoignent de ses paroles, faits et gestes, et ainsi de suite…

Car cet homme fou de chagrin va se lancer à la poursuite de celui qui a assassiné sa femme et fracassé son quotidien, non pour se venger, mais pour découvrir son visage et s’assurer qu’il n’est pas lui-même l’auteur du meurtre.

Traversant l’Amérique en passant par les réserves Indiennes, nous le suivons dans une odyssée désespérée où la mémoire du sang versé et des massacres perpétrés par les hommes révèle ce qui le lie aux bêtes qui croisent sa route.

Ces bêtes silencieuses que l’on ne sait pas entendre, auxquelles l’auteur donne une voix qui jette une lumière crue et poignante sur le monde des humains.

Avec son deuxième roman, Wajdi Mouawad – plus connu comme dramaturge, auteur du quatuor de théâtre « Le Sang des promesses » dont fait partie la pièce « Incendies » – dépasse largement le cadre du thriller au suspense parfaitement haletant.

L’intensité explosive tenue d’un bout à l’autre du récit est totalement magnifiée par une écriture à la beauté saisissante, sauvage, violente.

Saisissante, sauvage, violente comme le monde où le sang, la vie et la mort inextricablement liés sont omniprésents, malgré les hommes et leurs civilisations…

Des cailloux dans le ventre – John Bauer

  « Je disais à tout le monde que j’avais été adopté. Petit, je l’annonçais à tous les nouveaux venus, si bien que cela a fini par s’insinuer en moi comme une sorte de vérité. Une vérité qui m’habite toujours et m’empêche de me sentir à ma place… Où qu’on aille, quoi qu’on fasse de ses sentiments, notre vérité nous guette. Mon enfance me hante comme mes poings hantent mes mains. Partir ne m’a pas non plus permis d’en finir avec mes parents. Je les emporte partout dans cette mémoire imposée. Maman surtout. »

Alors, lorsqu’à 28 ans, il revient chez lui, au chevet de sa mère malade et en fin de vie, la tentation est grande de demander des comptes, de faire payer, de se punir aussi.Ce sera surtout l’occasion de faire la paix avec son enfance.

Un roman coup de poing ! On aime ou on déteste, mais on ne peut pas rester indifférent.

Une histoire à deux voix : celle de l’enfant, jaloux de Robert, un enfant accueilli par ses parents et pour qui sa mère témoigne d’un attachement très fort, une jalousie qui conduira au drame ; celle de l’adulte qui porte encore les stigmates de son enfance, une rage qui le conduit à de nombreux débordements et une certaine cruauté envers sa mère.

C’est cruel parfois, c’est violent aussi, parfois drôle, toujours émouvant. Et quelle écriture ! John Bauer a su retranscrire la pensée de l’enfant qui saute du coq à l’âne passant du rire à la colère et aux larmes. Il a su exprimer des émotions intenses, des sentiments forts, dérangeants même, parce qu’ils peuvent nous paraître étrangers. L’auteur a su peindre un personnage touchant par ses errances, sa vulnérabilité, ses émotions.

Un roman poignant, une écriture puissante, vous l’avez compris, on a adoré !

Des cailloux dans le ventre, John Bauer, La Cosmopolite, Editions Stock, 22€

 

Rentrée littéraire : lus et aimés.

L’été est une saison douce, où le libraire a enfin le temps de savourer pleinement son plaisir préféré : lire, tranquillement, avant la grande tempête hystéro-médiatique de la rentrée littéraire. Ces vacances furent riches de très belles lectures soigneusement choisies parmi une avalanche de titres. Voici notre sélection tout à fait indépendante et totalement sincère, comme toujours…

CISEAUX de Stéphane Michaka, éditions Fayard.

« Raymond, tu as trop de coeur ». C’est ce que pense Douglas, éditeur influent, cynique et obsessionnel, à la lecture des manuscrits que lui envoie le dit Raymond, auteur de nouvelles en mal de reconnaissance, empêtré dans ses problèmes de couple, de surendettement, de sérieux penchant pour la bouteille. Alors Douglas élague, coupe, retaille pour donner à ces nouvelles la forme qui convient à sa vision du monde et de la littérature, que ça plaise à Raymond ou non. Il est connu pour ces pratiques, voilà pourquoi dans le milieu on le surnomme « ciseaux ».

L’histoire de Raymond, de Douglas, de Marianne et de Joanne, les deux femmes successives de l’écrivain, n’est autre que celle de Raymond Carver, écrivain américain légendaire, dont s’est emparé Stéphane Michaka pour en faire un roman d’une incroyable justesse de ton.

Il offre une voix à chacun de ses personnages qui se succèdent pour raconter les luttes incessantes d’un écrivain contre son entourage, contre son éditeur, et avant tout contre lui-même pour parvenir à devenir l’homme qu’il voulait être… sans oublier de montrer au passage les dégâts provoqués, et de soulever quelques questions fascinantes sur la condition d’écrivain.

Nul besoin d’avoir lu tout Carver pour apprécier  : l’histoire est  magistralement racontée,  et suffisamment romanesque pour passionner tout non-initié.

Stéphane Michaka réussit avec « Ciseaux » une belle ode à la littérature et offre un hommage vibrant à un écrivain issu de l’Amérique des déglingués, des laissés-pour-compte, qui a fini par prendre sa revanche. Une histoire exemplaire où c’est le soit-disant fêlé qui devient roi.

Lisez-le, vous serez conquis… et vous vous jetterez sur l’intégrale des nouvelles de Carver dans la foulée !

A noter : Stéphane Michaka viendra à la librairie pour une rencontre autour de son roman le vendredi 5 Octobre à 20h30.

MILLEFEUILLE de Leslie Kaplan, éditions P.O.L

 Jean-Pierre Millefeuille est veuf, vit seul, prépare un article sur les rois de Shakespeare, traîne au Monoprix pour faire les courses, aime faire la connaissance d’inconnus au café du coin. C’est un professeur de littérature retraité, à la fois solitaire et très entouré. Un monsieur tout à fait charmant, en somme.

Mais cette routine apparemment confortable se met pourtant à dérailler doucement, à l’occasion d’événements imperceptiblement menaçants. Alors la personnalité de Jean-Pierre Millefeuille, aux prises avec de profonds conflits intérieurs, se révèle beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît.

Ce roman, comme son personnage, regorge de charme et d’humour grâce au regard souvent amusé que l’auteur porte sur cette histoire. Mais l’air de rien, il est également riche de réflexions sur l’identité, le fossé entre les générations, le crépuscule de la vie…

L’écriture et le ton inimitables de Leslie Kaplan font de « Millefeuille » un roman au charme tout à fait particulier, à la fois mélancolique, inquiétant, et plein de malice.

Singulier, subtilement étrange… gros coup de coeur !

A noter  : Leslie Kaplan viendra nous parler de « Millefeuille » et nous en lira quelques passages le mercredi 17 Octobre à 18h30.

 

LA CAPITANA d’Elsa Osorio, éditions Métailié.

Elsa Osorio avait déjà marqué nombre de lecteurs avec Luz ou le temps Sauvage , un roman fort sur la dictature Argentine.

C’est à nouveau à un personnage en lutte qu’elle s’intéresse ici. La Capitana n’est autre que Mika Etchebehere, et l’on a peine à croire que cette femme a réellement existé tant son parcours est romanesque et son tempérament héroïque.

Mika était une intellectuelle, une révolutionnaire, une activiste d’origine juive, venue d’Argentine.

Elle consacra sa vie entière à la lutte pour la justice sociale, de l’Argentine à la France en passant par l’Allemagne en pleine montée du Nazisme, jusqu’en Espagne, où elle prit les armes pour s’impliquer dans le combat anti-fasciste avec un courage et une intelligence hors du commun, jusqu’à devenir capitaine d’une colonne de combattants républicains pendant la guerre de 36.

C’est bien un roman et non une simple biographie qu’Elsa Osorio a écrit pour faire connaître et revivre cette femme exceptionnelle, injustement oubliée.

Ecrit dans un ordre non chronologique, s’appuyant sur les voix de plusieurs témoins, et laissant libre cours à sa propre voix de narratrice, qui s’adresse directement à son personnage pour le questionner sur les zones d’ombre de son histoire, nous découvrons Mika par fragments, au fil des moments décisifs qu’elle a pu vivre.

Grâce à cette savante composition, et en assumant sa subjectivité de romancière, Elsa Osorio insuffle à cette histoire toute la vie et toute la passion que son héroïne méritait.

Elle fait de son roman un portrait de femme certes remarquable, mais pourtant de chair et d’os, intransigeante et généreuse, amoureuse passionnée : tout sauf une statue figée. Bien vivante.

Et le lecteur traverse avec Mika l’histoire du vingtième siècle et se disant que l’héroïsme est une affaire humaine, finalement…

A noter : Elsa Osorio viendra nous parler de sa « Capitana » le vendredi 9 Novembre à 18h30.

 

LE SERMON SUR LA CHUTE DE ROME de Jérôme Ferrari, Actes Sud.

La presse est pleine de louanges, le roman se retrouve sur les listes des prix littéraires, dont celle du Goncourt, et pour une fois, on est d’accord.

Jérôme Ferrari frappe fort avec ce roman sombre et beau.

Il nous conte ici l’histoire d’une famille corse sur plusieurs générations, du grand-père Marcel qui a connu la chute de l’empire colonial français jusqu’à son petit-fils Mathieu et son ami d’enfance Libero qui abandonnent leurs études de philo pour reprendre la gérance d’un petit bar dans l’île, espérant inventer « le meilleur des mondes possibles », selon le précepte de Leibniz.

« Le monde est comme un homme : il naît, il grandit, il meurt »… mais l’homme est vaniteux, et oublieux de la fragilité des mondes qu’il construit. C’est une constante dont les héros de ce roman ne se déferont pas : leur chute n’en sera que plus impitoyable.

Nous vous conseillons vivement de vous laisser secouer par ce roman magnifiquement écrit dans un style tour à tour torturé et lyrique, sarcastique et cru.

Le Sermon sur la Chute de Rome est implacable, sans espoir, et somptueusement ténébreux.

 

QU’AVONS-NOUS FAIT DE NOS RÊVES ? de Jennifer Egan, éditions Stock – La Cosmopolite.

Sasha, Bennie, Lou, Jocelyn, Stéphanie et bien d’autres… C’est à une véritable constellation de personnages que nous avons affaire ici.

Tous ont gravité, gravitent, ou graviteront de près ou de loin autour d’une bande d’adolescents de San Francisco passionnés de punk-rock qui nourrissaient des rêves de gloire. Le temps passe, ils deviennent adultes, font des enfants que l’on suit parfois, ou n’en font pas, mais tous sont confrontés à leurs propres échecs et leurs désillusions.

Impossible de résumer ce roman à l’intrigue touffue et fragmentée, dans lequel Jennifer Egan saute d’une époque à l’autre, d’un personnage à l’autre, d’un style narratif à l’autre à chaque chapitre, liant le tout grâce à un fil ténu qu’elle déroule avec une virtuosité époustouflante.

« Entre Proust et les Soprano », dixit l’auteur…

Un beau roman à la fois mélancolique, cruel, et doux-amer sur le temps qui passe, et son cortège de petites gifles qui finissent par effacer nos rêves de jeunesse.

Des romans noirs

Quelques romans policiers pour vous détendre, vous faire frissonner en cette période de rentrée. Pêle mêle, des nouveautés et du fonds.

 EXCELLENT !

Dans ce nouveau roman, Caryl Ferey nous entraîne dans une Argentine traumatisée tant par la barbarie de ses « ex » bourreaux que par le cynisme des profiteurs de la crise économique.

Une intrigue bien menée, à un rythme d’enfer, des personnages attachants, un récit bien documenté. Un roman noir, âpre, violent parfois mais diablement efficace !

Dixit son auteur, « une deuxième partie se profile (qui n’est pas une suite). On l’attend avec impatience !

En attendant, venez découvrir ses précédents romans, tous aussi efficaces…

Mapuche, Caryl Ferey – Serie Noire, Editions Gallimard – 19€90

 

 

UNE TENSION PALPABLE dès le début qui monte crescendo !

 Petit trafiquant criblé de dettes, notre héros accepte une mission dans les montagnes du Wyoming autant pour sauver son ranch que pour reconquérir son ex femme qui l’accompagne. Mais rien ne se passe comme prévu.

Un roman à suspense donc, un  suspense qui monte doucement comme on gravit un sommet. La descente ? Beaucoup plus rapide, tous les randonneurs vous le diront !

Et comme toujours dans les romans des Editions Gallmeister de très belles évocations de la nature et des personnages très touchants. A découvrir !

 

Le signal, Ron Carlson – Totem, Editions Gallmeister – 9€20

UNE CHUTE INNATTENDUE !

Le pays en pleine crise economique et politique est secoué par de multiples emeutes, encouragées et menées par un mystérieux et insaisissable leader charismatique baptisé Frère-La-Colère qui recrute Victor, un tueur à gages très professionnel afin de mener l’ultime mission.

Pas le temps de s’ennuyer, l’intrigue est efficace, la chute innattendue, le ton mordant ! Un petit bonheur de lecture.

Le dernier contrat, Olivier Maulin- Vendredi 13, Editions Elb – 15€

 

ENVOUTANT !

C’est l’histoire de Lilia, « kidnappée » par son père à l’âge de 7 ans, de leur cavale à travers les Etats-Unis. C’est l’histoire de Christopher, le détective privé engagé par la mère de Lilia, de son obsession pour cette affaire qui va ruiner sa vie de famille et sa fille Michaela. C’est l’histoire d’Ellie, amoureux de Lilia, qui partira à Montréal pour la retrouver. C’est à Montréal que la vérité éclatera.

Une étrange musique se dégage de ce roman, une musique envoûtante. Une histoire à plusieurs voix où la vérité n’est jamais celle qu’on croit !

Dernière nuit à Montréal, Emily St John Mandel – Editions Rivages Noir – 18€50

Venir au monde – Margaret Mazzantini

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas une nouveauté dont nous allons faire l’apologie. Paru en 2010 chez Robert Laffont, puis en 10-18 en 2011, ce roman est passé inaperçu. Et pourtant…

« On ne peut jamais dire ce que c’est… ce que c’est exactement. C’est une membrane, peut-être une prison dès le début. Une vie qui a voyagé, qui vient de loin en direction de la nôtre, nous en avons senti le petit vent, l’odeur de la halte, depuis toujours, en nous étaient sa transpiration, sa fatigue. Son effort, pour nous. »

 

Tout commence en 2008, lorsque Gemma accepte l’invitation de Gojko à venir voir l’exposition des photographies de guerre de Diego, le père de son fils, l’homme qu’elle a aimé par dessus tout, qu’elle perdu pendant la guerre de Yougoslavie. Elle part donc à Sarajevo avec son fils sur les traces de ce père qu’il n’a pas connu à la découverte de la ville où il est né, une ville qui porte encore les stigmates de la barbarie. Un voyage vers le passé qui ramène Gemma à son grand amour, à sa quête éperdu d’un enfant sur fond de guerre, à la naissance de ce fils tant désiré, cadeau d’amour de Diego avant de mourir.

C’est poignant,  boulevervant.

Rien ne nous est épargné, ni la mort, ni l’horreur de la guerre, ni la douleur, ni l’amour. Pas de faux semblant, de l’émotion à fleur de peau, à fleur de mot, des personnages touchants, perdus, épris d’amour, épris de vie, terriblement humains. Un roman d’une puissance rare, une écriture au couteau et un très beau réquisitoire contre la guerre.

« Il n’y a pas si longtemps, je suis passé près d’un champ de coquelicots. Pour la première fois, je n’ai pas pensé au sang, j’étais fasciné par cette beauté fragile, qu’une hache, une maljutka, une rafale de vent, aurait suffi à détruire. Ce champ nous attendait, ma femme et moi, derrière un virage. Un immense pré ponctué de langues rouges, comme des coeurs tombés du ciel. Nous avons arrêté la voiture et avons fondu en larmes. Moi d’abord. Puis elle, comme un torrent. Ces pleurs nous ont lentement vidés, nous ont dédommagés. Ce soir là nous avons recommencé à respirer profondément. C’était redevenu supportable. Pendant des années, nous n’avons eu qu’une courte respiration, de gorge… Deux mois plus tard, ma femme était enceinte. »

Soufi, mon amour d’Elif Shafak

Ella Rubinstein a, en apparence, tout pour être heureuse : une belle maison, un mari, trois beaux enfants et un chien fidèle. Mais à l’aube de ses 40 ans, elle se demande si elle n’est pas passée à côté de sa vie et de l’amour. Mariage de raison plus que de passion, les incartades de son époux ne sont plus un secret. Engagée comme lectrice par une agence littéraire, sa première mission est de rédiger une note sur un manuscrit signé Aziz Z. Zahara. Ce roman (que l’on découvre nous aussi au fil des pages) retrace la rencontre entre le poête Rumi et Shams de Tabriz, un célèbre derviche errant. Pour Ella, c’est un bouleversement. Cette lecture fait echo en elle, l’interroge. Elle se met alors en contact avec son auteur et au fil de sa lecture et de ses conversations avec Aziz Z. Zahara, elle découvre le soufisme et la splendeur de l’Amour.

 

Une construction originale avec deux histoires dans un roman et deux styles d’écriture : un style épuré, simple et direct quand c’est Ella qui raconte, une écriture plus riche et plus dense dans le manuscrit. Cette double lecture peut déstabiliser, l’histoire d’Ella agacer. Ce roman n’en est pas moins un merveilleux voyage dans le monde soufiste, à la rencontre de personnages attachants, anti-conformistes et libres.

 

Alors, laissez-vous envouter par ce roman qui interroge, qui ouvre de nouveaux horizons, qui nous parle simplement d’amour (au sens large du terme). A mettre entre toutes les mains !

 

Soufi, mon amour – Elif Shafak – Ed. 10-18 – 9,10€

 

 

Juste des enfants sauvages…

On ne présente plus Patti Smith, chanteuse et performeuse, « poétesse électrique », incarnation de l’héroïne rock rebelle et libre.

Avec Just Kids, qui vient d’être édité en poche, elle revient sur ses jeunes années, sur ses débuts d’artiste bohème, et avant tout sur son histoire d’amour avec Robert Mapplethorpe, grand photographe décédé en 1989, devenu lui aussi culte et légendaire.

Deux enfants terribles de la scène artistique New-Yorkaise aux parcours indissociables, qui ont pour point commun d’avoir bousculé les codes pour forger leur identité et devenir des figures majeures du rock pour l’une et de la photo pour l’autre.

 

Dans ce récit autobiographique, Patti Smith se souvient… Tout commence par sa rencontre avec Robert : l’amour, la vie de bohème, ses vaches maigres et ses joies dans le New-York de la fin des années 60, les coups durs où il faut s’accrocher l’un à l’autre, le travail acharné du couple pour trouver leurs voies artistiques respectives, les rencontres avec les figures de la contre-culture (Allen Ginsberg, Janis Joplin, Lou Reed, et la bande à Warhol) aussi bien qu’avec les marginaux hauts en couleur du Chelsea Hotel… Jusqu’au début de la reconnaissance, puis de la gloire, moment où leur identité s’affirme en même temps que leurs chemins se séparent.

 

 

Patti Smith raconte avec pudeur et émotion ces années où tout a commencé. Et si l’on referme ce livre la gorge nouée, c’est parce qu’elle parvient à nous faire ressentir la nostalgie du temps de l’innocence, ce temps où avec Robert, ils étaient « juste des gamins ».

 

Just Kids - Patti Smith – Folio, 7€50

L’histoire en vert de mon grand-père – Lane Smith

Lane Smith, auteur du très remarqué album c’est un livre, a su une nouvelle fois surprendre son lecteur.

Dans ce nouvel album, il nous invite à découvrir la vie d’un grand-père passionné d’art topiaire. Mais, ce vieux monsieur excentrique a un peu perdu la tête. C’est donc son petit fils qui en déambulant dans ce jardin merveilleux de la mémoire nous fait revivre l’histoire de son aieul. 

 

Le dessin fourmille de 1001 détails.

Un album qui aborde de façon très poétique le thème de la mémoire, de la vieillesse et des liens familiaux.

Un jardin magnifique à visiter sans tarder ! Une surprise vous y attend à la dernière page !

L’histoire en vert de mon grand-père – Lane Smith – Ed. Gallimard jeunesse – 13,50€

Et à découvrir, du même auteur

Une version pour les touts-petits de C’est un livre !

Un âne demande à une espèce de singe à quoi sert l’étrange objet qu’il tient entre ses mains. Un téléphone ? Un chapeau ?

Testé et approuvé par les enfants qui s’en amusent beaucoup. Posez comme l’âne ce livre sur votre tête, effet garanti !

Soit, ils sont bien petits pour saisir le message à l’encontre des nouvelles technologies et pour la défense du livre papier. Mais, nous oui ! Et il n’est jamais trop tôt pour les familiariser avec l’objet. Parole de libraires !

C’est un petit livre - Lane Smith – Ed. Gallimard jeunesse – 5,90€

Akim court – Claude K. Dubois

Une sacrée claque !

Un enfant, pris dans la tourmente de la guerre, perd sa mère dans la cohue et se retrouve dans un camp de réfugiés tenu par une ONG.

Un texte simple, efficace, suivi de plusieurs pages illustrées et un dessin qui dit avec beaucoup de finesse et d’émotion toutes les horreurs de la guerre, la fuite, le désarroi, la détresse et la peur.

Un album bouleversant !

Akim court - Claude K. Dubois – Ed. Pastel – 11,50€