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Venir au monde – Margaret Mazzantini

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas une nouveauté dont nous allons faire l’apologie. Paru en 2010 chez Robert Laffont, puis en 10-18 en 2011, ce roman est passé inaperçu. Et pourtant…

« On ne peut jamais dire ce que c’est… ce que c’est exactement. C’est une membrane, peut-être une prison dès le début. Une vie qui a voyagé, qui vient de loin en direction de la nôtre, nous en avons senti le petit vent, l’odeur de la halte, depuis toujours, en nous étaient sa transpiration, sa fatigue. Son effort, pour nous. »

 

Tout commence en 2008, lorsque Gemma accepte l’invitation de Gojko à venir voir l’exposition des photographies de guerre de Diego, le père de son fils, l’homme qu’elle a aimé par dessus tout, qu’elle perdu pendant la guerre de Yougoslavie. Elle part donc à Sarajevo avec son fils sur les traces de ce père qu’il n’a pas connu à la découverte de la ville où il est né, une ville qui porte encore les stigmates de la barbarie. Un voyage vers le passé qui ramène Gemma à son grand amour, à sa quête éperdu d’un enfant sur fond de guerre, à la naissance de ce fils tant désiré, cadeau d’amour de Diego avant de mourir.

C’est poignant,  boulevervant.

Rien ne nous est épargné, ni la mort, ni l’horreur de la guerre, ni la douleur, ni l’amour. Pas de faux semblant, de l’émotion à fleur de peau, à fleur de mot, des personnages touchants, perdus, épris d’amour, épris de vie, terriblement humains. Un roman d’une puissance rare, une écriture au couteau et un très beau réquisitoire contre la guerre.

« Il n’y a pas si longtemps, je suis passé près d’un champ de coquelicots. Pour la première fois, je n’ai pas pensé au sang, j’étais fasciné par cette beauté fragile, qu’une hache, une maljutka, une rafale de vent, aurait suffi à détruire. Ce champ nous attendait, ma femme et moi, derrière un virage. Un immense pré ponctué de langues rouges, comme des coeurs tombés du ciel. Nous avons arrêté la voiture et avons fondu en larmes. Moi d’abord. Puis elle, comme un torrent. Ces pleurs nous ont lentement vidés, nous ont dédommagés. Ce soir là nous avons recommencé à respirer profondément. C’était redevenu supportable. Pendant des années, nous n’avons eu qu’une courte respiration, de gorge… Deux mois plus tard, ma femme était enceinte. »

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